Voici le journal de bord de Fabien Barel lors des championnats du monde de descente... C’est Parce que sous pression, le charbon se transforme en Diamant, Qu’une médaille d’argent, peut valoir de l’Or !

30 Juillet 2007, Whistler, Canada : Après une superbe Victoire à Crankworx, une triple fracture des métatarses du pied droit arrête mon périple Canadien. Une mauvaise blessure qui rend mon retour en France pénible et surtout un diagnostic alarmant. A un mois des Championnats du Monde, 6 à 8 semaines d’arrêt me sont annoncées : Un scenario bien connu, puisque identique à l’année passée !

Après quelques jours de réflexion, je ne puis me résoudre à une nouvelle saison en demi-teinte et je pris la décision, avec les médecins, de marcher sur une corde raide. Un risque qui se limite à de nouvelles fractures, mais un challenge que je sentais possible. Cette petite lueur d’espoir me donna une motivation hors du commun. Je commençai à m’entrainer en musculation avec mon plâtre, sautant sur un pied pour aller d’une machine à l’autre. Par la suite, je fixai une cale automatique sous le plâtre afin de pouvoir pédaler avec celui-ci. Des heures sur le home trainer à faire des séances d’intervalles et tenter de conserver une condition physique correcte. La piste allait être longue de 5 minutes et le physique une partie importante. Mais la concentration allait être un facteur clé. Je pratiquai des visualisations du parcours matin et soir afin de conserver le ressenti du pilotage, des impacts au sol et du stress qu’un run de course peut engendrer. Connaissant l’Ecosse, les conditions allaient probablement être difficiles pour un Sudiste qui s’entraine au soleil toute l’année. C’était un facteur à prendre en compte. Je décidai donc de travailler ces visualisations dans le froid, avec les sons du vent et de la pluie dans les oreilles. Un travail nécessaire afin de limiter le stress du départ et s’habituer aux conditions de courses. Il fallait tenter de maitriser un maximum de paramètres. La préparation du vélo était également cruciale mais difficile car je ne pouvais évidement pas pratiquer. Mon mécanicien et ami, Paul Walton se transforma en pilote testeur. Je me déplaçais sur le bord des pistes en béquilles, le regardant rouler et en analysant ses ressentis. Un fin travail qu’il fit avec grand succès puisqu’il finalisa les séances d’essais avec des chronos plus que convainquants.

30 Aout 2007, IM2S, Monaco : Après 4 semaines d’immobilisation mais aussi d’effort pour préparer au mieux ces championnats, Les docteurs et moi-même, décidons de quitter le plâtre, avec 2 fractures consolidées à 80% mais une troisième seulement en début de calcification. Je remarchais dans la journée même, avec une semelle de soutien dans une chaussure complètement rigide. Après 48h, je remontai sur le vélo de route puis pris l’avion pour l’Ecosse. Mentalement conditionné, je partis les yeux rivés vers l’objectif avec une motivation et une détermination pour aller au bout d’un rêve mais surtout d’un challenge personnel.

5 septembre 2007, Fort William, Ecosse : Les séances d’entrainement se passaient bien, mais loin de mes habitudes, mon regard devenait de plus en plus froid, les traits de mon visage se tiraient et mes énergies se regroupaient.

6 septembre 2007 : La demi finale montre des chronos corrects mais loin d’être suffisant pour l’exploit. Je mets en place un pilotage fluide en espérant que sur la longueur, je puisse faire valoir mon expérience. Mais le niveau est très haut et seul le dépassement pouvait mener à une consécration.

Je travaillai mes trajectoires et mes prises de risques afin de ménager mon pied. Un gros travail de l’équipe de France sur le terrain montre une évolution de la vitesse, mais une évolution commune à tous.

9 septembre 2007 : L’objectif est atteint, je suis au départ des Championnats du Monde après avoir surmonté, une épreuve que lie tout sportif, en un temps record : Un retour de blessure maitrisé, réfléchi qui a été construit par une équipe motivée par l’objectif.

15h20 : Une dernière poignée de main à Paul, l’énergie entre nous me fait avoir une dernière pensée pour mon entourage Familial, mes proches et amis, le staff médical, mes partenaires et les personnes qui ont vécu ce challenge à mes côtés.

15h24 : d’un coup de pédale, je me glisse sous la tente de départ où je retrouve le vent, la pluie, le froid tant visualisés les jours auparavant. D’un souffle, je relâche tout mon corps afin de le remplir d’Amour et de bonheur pour que mon geste tente de s’approcher de l’excellence.
Une expiration forte et le reste n’est qu’un trou noir guidé par une préparation que j’appellerais un conditionnement. Mes mouvements sont synchronisés avec la piste telle une rivière dans son lit, qui sait en éviter la moindre pierre. Les souvenirs, sont des sons d’arbres au ras du guidon à haute vitesse, des sensations où le vélo accélère de manière automatique...


... La lumière revient, les cris et le bruit me réveillent, le coeur à 195 pulsations minute m’arrache la poitrine, les douleurs au pied et les muscles meurtris me rappellent les efforts fournis. Mais là, sur le bord, le sourire d’un public épaté, le rayonnement et les larmes de mes proches comblés de satisfaction. Mais surtout le respect, d’un leader mondial dont je me suis approché à 64 centièmes de secondes. Une forte poignée de main, la même qui a eu lieu 2 années auparavant, sauf que les rôles étaient inversés. Mais en tous les cas le même Respect qui nous fait tous vibrés, et qui rend le sport et ses valeurs aussi intenses.

Cette médaille d’Argent pourrait paraître comme un échec lorsque l’on est en possession de 2 titres mondiaux, mais aujourd’hui, c’est une magnifique victoire sur moi-même. Une victoire que je qualifierais d’aventure humaine, où le partage aura été porteur de dépassement.

Un Immense Merci pour votre soutien qui m’aura donné des ailes…